Journal de bord de ma finale de Ligue des Champions à Kiev

Avant le départ

Lorsque Liverpool se qualifie contre l’AS Roma le 24/04, je ne me donne pas le choix : Je dois vivre cette finale à Liverpool ou à Kiev. Les prix étant démesuré pour Kiev depuis Paris, Lyon ou Genêve, j’achète immédiatement un A/R pour Liverpool avant que les prix gonflent. Je suis content. Quelques minutes plus tard, moi et mon ami Thomas découvrons l’existence d’une ligne directe Nice – Kiev (et retour par Francfort) pour 350€. On ne résiste pas et je viens donc de perdre 40€ de frais d’annulation par précipitation. Car heureusement, et c’est bon à savoir aussi pour vous, la compagnie Easyjet est la seule compagnie low-cost à permettre d’annuler sous 24h d’une réservation.

A cette heure, je n’ai aucune assurance d’obtenir une place. C’est un gros pari. Je compte sur l’association française de supporters de Liverpool pour en avoir une, mais n’ayant participé qu’à Hoffenheim à domicile sur cette saison de Coupe d’Europe, je ne suis pas du tout prioritaire. Mon état d’esprit reste néanmoins d’y aller pour faire la fête sans billet. Ma chance, autant que mon malheur, c’est que Kiev est une destination aussi compliquée que couteuse pour les fans de Liverpool.


Pour revivre la demi-finale Liverpool – AS Roma vue des tribunes, c’est par ici.


En effet, l’organisation de cette finale est chaotique pour les fans des Reds : Tout d’abord, il y’a un système assez long d’attribution des places par le club (selon la fidélité européenne, puis bien plus tard par tirage au sort) et le temps joue en la défaveur de tous. Les compagnies aériennes se font le plaisir de facturer des vols A/R à 1 000€, comme certains Airbnb ou hôtels pour la nuit de samedi. Les vols s’épuisent malgré tout et quand la billetterie (aux critères variables) ouvre pour obtenir une place de match, les fans ne trouvent parfois même plus d’avion disponible pour ce trajet… Imaginez donc le sentiment vécu à cet instant : avoir le droit à sa place mais être incapable de s’y rendre ! Des vols charters aux prix toujours délirants finissent heureusement par s’organiser à une dizaine de jours de la finale. Avant la désillusion : 3 de ces vols (soit 1 000 fans) sont annulés à quelques jours de la finale parce que l’aéroport de Kiev est surchargé et incapable d’accueillir ces avions. Surréaliste !

 

 

Une situation à peine mieux gérée depuis Madrid puisque le club n’a tout simplement même pas trouvé 16 000 supporters pour faire le voyage (source). Des places impossibles à redonner aux Reds par mesure de sécurité. Le choix de ne donner que 16 000 places par club paraissait honteuse mais l’UEFA s’est probablement donnée raison du fait d’une autre décision ridicule : disputer cette finale à Kiev. C’est l’une des premières fois qu’une finale se dispute dans un pays non occidental. La mauvaise expérience continue puisque le jeudi, des hooligans ukrainiens attaquent des supporters de Liverpool dans un restaurant (source).

Départ pour Kiev

Je pars vendredi soir vers Marseille avant de rejoindre samedi matin l’aéroport de Nice. On retrouve une dizaine de fans de Liverpool à l’aéroport. Pour réussir à se rendre à Kiev, des scousers ont passé quelques jours à Nice pour prendre cet avion. Certains ont payés 600€ la place sur un site de revente. Des amis à eux avaient des places mais ont eu leur avion annulé (cf. ci-dessus) sans avoir le temps de les revendre à des fans (ndlr: le club proposait le remboursement). Parmi les autres choix de transport, des fans sont même partis en voiture et en bus d’Angleterre. Soit une trentaine d’heures de trajet. Un sacré périple ! Du côté des membres de la French Branch, on en a même eu qui se sont retrouvés à passer la frontière de Transnistrie (à lire ici), État non reconnu depuis la dislocation de l’URSS en 1991 ! Une belle image a retenu mon attention à Nice : lorsqu’un enfant nous voit avec nos maillots pour aller au match, ses premiers mots : « VOUS ALLEZ VOIR MO SALAH !« . Dans un football qui depuis 10 ans n’est dicté que par Ronaldo ou Messi, qui d’autres que Salah a déjà atteint cette popularité auprès de tous les publics et sans diviser ?

Arrivée à Kiev

On arrive à Kiev en début d’après-midi, sans aucun retard. A notre sortie de l’aéroport, un bus gratuit attend les fans de Liverpool. On ne perdra aucune minute. On ne perd pas non plus une minute pour désactiver nos données mobiles : Le Mo est facturé 10€ (ndlr: aucune faute de frappe), un peu cher… Sur les 45 minutes qui nous séparent de la ville, on commence à découvrir l’Ukraine et des bâtiments très anciens. Le bus nous dépose directement dans la Fan Zone réservée aux Reds : Le Shevchenko Park. Le Real a aussi la sienne, et une autre Fan Zone neutre (avec tous les stands des partenaires commerciaux de l’UEFA) existe aussi. Le parc est très joli, et nous laisse quasiment toujours à l’ombre. Les fans ont déjà posé des drapeaux et bannières partout. Ça chante ici et là, et notamment sur une petite zone avec une scène musicale. Quelques artistes (en lien avec Liverpool) viennent s’y produire.

On se bouge rapidement vers un pub un peu plus loin pour rejoindre les membres de la French Branch. C’est à ce moment que je vais apprendre que j’ai ma place pour la finale de Ligue des Champions (Merci à Ant et Ruz) grâce à des places issues du ballot UEFA !

On passe ensuite l’après-midi en Fan Zone et autour. Les stands de la Fan Zone semblent très appétissants mais en milieu d’après-midi la plupart sont déjà à court de nourritures. Il est donc préférable d’aller faire un tour ailleurs. On adore rapidement le coût de la vie à Kiev, 3x moins cher qu’en France. On n’a donc pas à s’inquiéter de nos dépenses. On dépose nos sacs sous une tente prévue à cet effet puis on va rapidement au stade en prévision d’éventuels problèmes d’organisations. Mais finalement, l’organisation à Kiev est très bonne.

Arrivée au Stade

On rentre dans le NSC Olimpiski à 2 heures du coup d’envoi. Étrangement, tous les accès sont ouverts dans ce stade et on peut donc facilement ne pas respecter son bloc. Encore faut-il trouver une place libre. D’extérieur comme d’intérieur, le stade n’est pas mémorable. On a une piste d’athlétisme autour, alors forcément… A savoir, parce qu’il faut bien y venir, que 50% des places coutaient 160€ (mon prix), d’autres allaient jusque dans les 500€. Bref, un véritable racket de l’UEFA dont on a pris l’habitude. Autant dire que les prix ne se destinaient pas aux ukrainiens. Des locaux m’ont dit payer 3€ pour le Dynamo Kiev. Ou 10€ pour des matchs plus importants (LdC ou sélection nationale), ce qui représente une somme déjà trop importante pour eux (salaire moyen à 235€ en Ukraine). Pour continuer à parler argent, le vainqueur touche 15M de plus que le finaliste qui touche lui-même 11M de plus qu’en demi-finale soit 37 Millions d’€ distribués sur cette finale.

Le stade n’est pas encore plein que les bannières rouges sont déjà posées et commencent à prendre les 3/4 du stade. Je suis en théorie à côté de l’espace réservé aux 16 000 Reds mais dans la réalité, les supporters de Liverpool dépassent largement cette zone et je ne suis donc pas du tout à l’écart des chants qui ont déjà débuté. Les madrilènes, en peuple de piètre qualité qu’ils sont, viendront au dernier moment dans le stade. La moitié du stade semble clairement pour nous.

A chaque finale, la grande fête UEFA. Cette année on a le droit à DUA LIPA, nouvelle reine de la Pop anglaise de 22 ans qui a largement dépassé les frontières : des clips atteignent le milliard de vues. Comme tout bon show d’un grand événement sportif avec un medley de plusieurs tubes en 6 minutes, l’intérêt et les sensations côtoient le néant. Son show est à revoir ici.

Le Match

Pour lancer le match, c’est sans surprise une forte domination des tribunes par les Reds. Néanmoins les Madrilènes sont les seuls à proposer un « tifo ». Les joueurs de Liverpool rentrent bien dans le match jusqu’à la blessure de Salah par Ramos. Un geste qui me fait beaucoup penser à ce qu’on peut voir de temps en temps en NBA et qui déclenche toujours une vague unanime d’opinions de joueurs à l’encontre du fautif. Ici, certains diront que « ce n’était pas volontaire ». Après, il faut reconnaitre le génie tactique de Sergio Ramos, en plus d’être un immense défenseur.

On termine la première mi-temps sur un score vierge et équilibré. Aucun joueur de Liverpool ne rate sa finale, et ça, c’est quand même pas rien car personne ne nous prédisait d’atteindre ce niveau de la compétition.

Pour ponctuer sa saison catastrophique et d’une calamité que je n’ai sérieusement jamais vu auparavant sur une aussi longue distance (Barthez, 14 matchs au FCN après avoir joué attaquant au niveau amateur), Karius va commettre l’erreur qui pourrait lui couter sa carrière professionnelle. Des questions m’envahissent : Karius vient-il de me surprendre un peu plus ? Suis-je finalement assez peu étonné de l’en voir capable ? On parle d’un gardien qui concède un corner (proche du CSC) sur un dégagement en six mètres. C’est très grave. Mon opinion sur lui que j’ai souvent répété sur Twitter : Il a profité d’une énorme chatte, Liverpool concédant quasiment aucune frappe cadrée mais pour presque autant de buts, pour faire croire à certains qu’il était bon. Pendant ce temps, notre attaque atomisait les adversaires. Il a aussi commis de grosses erreurs oubliées grâce à des hors-jeu, etc. Et à la fin, en faisant les comptes de sa saison, il doit avoir l’un des pires ratios de buts encaissés par frappes cadrées.

 

Je m’acharne mais il a bien fallu chercher du positif dans tout cela : Liverpool a poussé pour égaliser rapidement et c’est ce qu’ils ont fait. J’ai envie de croire que ce but de Mané n’aurait pas existé sans l’erreur de Karius. Et ce but de Mané, c’était quand même une putain d’expérience quasi-religieuse, comme dirait l’écrivain américain David Foster Wallace. C’est ce moment qu’on retiendra de toute la finale. Après, on perd sur un but exceptionnel du remplaçant Gareth Bale. Même mené et avec un premier remplacement très tôt dans le match par défaut, on n’aura pas utilisé nos 3 remplaçants dans ce match. Ça vous place la qualité du banc. En dépit du fait que le XI de Liverpool ait déjà marché sur l’Europe cette saison, son processus de création en tant que groupe de 20 joueurs a à peine démarré. Sans gardien et sans banc, on atteint logiquement des limites dans une finale face au Real. L’autre erreur de Karius sur le troisième but, même Mignolet en a déjà réalisé et aurait pu de nouveau la faire. Le Belge a beau être meilleur, on a 0 gardien pour ce niveau qui ne pardonne pas l’erreur.

 

La colère passée, on veut pardonner à Karius (en lui demandant de se barrer par la petite porte). Après tout, les erreurs sont surtout celles du staff technique qui s’entête à faire jouer un gardien aussi médiocre. D’ailleurs, qui sont ces entraineurs de gardiens qui rendent chaque gardien plus mauvais qu’ils ne l’ont jamais été à Liverpool ?

Ce qui m’a sinon quand même déçu dans les tribunes, au delà du stress normal d’un tel match, c’est qu’on aurait pu beaucoup plus chanter à 2-1, alors que nous n’avions plus grand chose à perdre. L’ambiance était assez morte à cet instant tandis que les madrilènes se faisaient bien entendre (c’est un peu la honte). Aussi génial soit le chant AllezAllezAllez, il est aussi devenu tellement utilisé qu’on en entend plus d’autres. Un peu dommage.

A la fin, tout le monde reste fier de l’équipe et les chants reprennent dont le YNWA. Karius est abandonné dans sa surface, les joueurs n’ont pas la tête à venir l’aider et lui mentir « C’est pas ta faute« . La solitude du gardien. Il viendra s’excuser devant nous et recevra des applaudissements polis. On n’a pas encore parlé de Lovren, en pleurs lui aussi (son père était déchainé parmi les fans), qui a réalisé un match parfait. Il est même l’auteur de la passe pour Mané. Lovren semble décidément se construire mentalement pour les grands RDV où il atteint toujours son meilleur niveau. A croire qu’il est plus facile de défendre avec Van Dijk qu’avec Klavan ou Matip. Le football peut parfois sembler tellement mystérieux ! Sa réputation lui coûte sinon souvent des décisions en sa défaveur en PL : Avec la même oeuvre que Ramos ce soir, il ne finirait pas le match.

Après le match

La défaite rend moins alléchante la nuit sans logement qui nous attend. On décide donc de profiter de l’hospitalité des habitants de Kiev, qui par des hashtags (#FreeKyivCouch4Fans) et groupes Facebook (+ de 8000 membres), ont décidé d’accueillir les supporters pour contrer la hausse des prix des hôtels et Airbnb. Nous voilà donc parti en métro vers un Pub où se trouve notre hôte avec ses amis. Le métro ne coute rien pour nous (20 centimes) mais on a pu constater que les arrêts étaient vraiment très éloignés comparativement à ce que l’on connait en France. On arrive sur place, c’est l’occasion de discuter avec des ukrainiens et d’enrichir notre expérience, à défaut de fêter une victoire. Le moment est donc très sympa. On prend à manger au pub, puis l’hôte, community manager dans la vie, nous amène dans son appart près de l’Université of Kiev Faculty of Radio Physics, Electronics and Computer Systems (vous vous en foutez mais c’est mon journal de bord après tout). On a tout ce qu’il faut pour nous laver et dormir. Le lendemain matin, elle nous emmène avec son copain dans un café qui a l’air plutôt huppé. Parce qu’ici ça ne vaut rien je me fais plaisir : 2 parts de gâteau, smoothie et jus d’orange pour moi. Les hôtes insistent pour payer : Nous sommes les invités (le salaire moyen d’un ukrainien est de 280€). D’autres fans ont également eu un véritable festin par les hôtes. Une hospitalité qui nous en a fait conclure qu’ils avaient probablement besoin de changer nos a priori sur l’Ukraine. Plutôt avec succès en ce qui me concerne.

Dimanche

Le calme commence à revenir en ville à partir de dimanche, je n’ai même pas vu de madrilènes festifs à la sortie du stade la veille. On va donc profiter de cette journée pour visiter Kiev. D’abord en se promenant tout simplement dans le centre-ville, et notamment sur la Place de l’Indépendance (dit Maidan Nezalezhnosti) puis en se rendant à la statue de la Mère Patrie (Motherland), haute de 61m et construite en 1981. Elle se trouve au Musée de l’histoire de l’Ukraine dans la Seconde Guerre mondiale. On a visité ce musée pour 1€, c’est l’un des musées les plus impressionnants que j’ai pu faire, alors à ce prix… Il est facile en revanche de lui reprocher de n’avoir aucune traduction anglaise, le guide (qui ne doit pas couter bien cher) doit donc être très utile. Mais même sans, en le parcourant à la va-vite comme nous l’avons fait, il y’a déjà énormément de temps à y passer.

Le soir, on retrouve des membres de la French Branch pour aller manger au Khinkali, un restaurant géorgien. C’est l’un des meilleurs restaurants de Kiev selon Tripadvisor (18ème). C’était effectivement très sympa avec un cadre et une ambiance anthentique. Soit la barrière de la langue nous a trop fait commander, soit les ukrainiens ont le ventre plus gros parce qu’on pensait réellement avoir terminé le repas après l’entrée. Plus personne ne pouvait encaisser plus. Il restait en réalité encore les plats de viande… Autant dire qu’on a très bien mangé pour finir ce séjour en Ukraine.

Après ça, il fallait se reposer en préambule de mon retour en France et des 7h de route qui allait s’en suivre pour retourner bosser dès mardi. On avait réservé à la va-vite et au moins cher après le match aller de Rome. Le prix au City Center Hostel était donc très correct : 30€ pour 2. Mais je n’ai vraiment rien vu de ce que l’on peut voir sur Booking. On a été mis dans un placard (cf. ma vidéo) et l’une des deux douches étaient cassées. En revanche, sa situation géographique est excellente. Je conseille cependant de s’en éloigner pour avoir mieux.

Retour en France

Lundi matin, il ne reste plus qu’à prendre la route pour l’aéroport et rentrer chez soi. On est forcément frustré de ne pas avoir gagné mais c’était une superbe expérience. Vivre une finale de Ligue des Champions pour son club est un rêve. J’accepte plutôt bien la défaite car on a juste atteint nos limites face au triple Champion d’Europe (poste de gardien et banc de touche). Mais j’accepte beaucoup moins que Salah puisse rater son rêve de disputer la Coupe du Monde pour l’Egypte. Ça, ça me fait vraiment chier parce que contrairement aux boulettes de Karius, mes scénarios imaginés ne pouvaient pas prévoir ça. Et ça dégoute quand la blessure volontaire vient de celle d’un récidiviste impunie.

Maintenant, espérons que ce match ait au moins servi au club à prendre une décision urgente sur le poste de gardien de but. On ne peut pas exister en Premier League sans prendre au sérieux ce poste. Il suffit de voir les miracles que peuvent faire Manchester United avec un jeu médiocre mais avec un gardien de but exceptionnel pour s’en convaincre. Liverpool est à un très bon gardien près de devenir une équipe définitivement exceptionnelle. Il ne faut pas rater cette étape ! Si Karius reste un titulaire ici alors le club donnera la légitimité à Mané, Salah et Firmino de demander un départ du club. On ne peut pas ne pas retenir la leçon de ce qui s’est passé samedi.

 

Liverpool – AS Roma: 1/2 Finale de LdC

Liverpool – AS Roma : cette rencontre a tout d’une grande soirée de football !

Les deux invités surprise de ces demi-finales de Ligue des Champions s’affrontent pour rêver encore un peu plus ! D’un côté Liverpool, qui 10 ans après retrouve une demi de C1. Les Reds semblent favoris après avoir fait tomber avec la manière l’ogre Man City au tour précédent. De l’autre côté la Roma, qui a créé l’exploit de renverser le grand Barça. Cela promet un match ouvert où chacun à sa carte à jouer.

 

Avant-match

Pour assister à cette rencontre, je pars de Paris en avion et atterri à Manchester. Déjà à Paris, je suis dans l’ambiance du match. En effet, plusieurs personnes abordent les couleurs des Reds dans l’avion. On le sait, les Reds sont populaires dans plusieurs pays et notamment en France. Comme chaque rencontre, des Fans du monde entier se rendent au bord de la Mersey.

Arrivé à l’aéroport, c’est de mieux en mieux, il y a du rouge partout ! Le train pour Liverpool est bondé de fans, alors que nous sommes 7h avant le match en pleine semaine ! Il y a même une poignée de fans italiens, qui ont bien l’air d’être des ultras. En arrivant dans ma rame, trois d’entre eux croisent deux fans anglais habillés en Stone Island. Ils leur jettent un regard. Les deux anglais ne les remarques même pas, trop occupé à siroter leur bière. Je m’attends alors à un avant-match animé.


Pour en savoir plus sur comment aller voir un match au UK, et surtout à Liverpool, voici le guide du Groundhopper au Royaume-Uni.


A la gare de Liverpool Lime Street, j’aperçois en sortant sur le centre commercial St-Johns un message pour les supporters romains : Benvenuti a Liverpool. Les anglais savent d’une manière générale bien accueillir les supporters adverses.

Je me dirige ensuite vers mon auberge de jeunesse, où je recroise les 3 italiens de ma rame. Cela me permet d’échanger avec eux. Ils font partie de la Curva Sud et seulement deux d’entre eux ont un ticket. Ils me disent que de nombreux fans sont venus d’Italie sans ticket. Ils essayeront d’en avoir au marché noir. L’auberge est déjà dans l’ambiance du match où de nombreux fans des Reds sont également présents.

Je me dirige alors vers le centre-ville pour prendre la « température ». Il est 14h et l’ambiance est assez calme mais je trouve qu’il y a beaucoup plus de monde habillé aux couleurs de Liverpool que d’habitude. On sent que ce soir se joue une rencontre historique. Malgré tout, en ce jour de semaine, la ville est beaucoup moins animée que lors des matchs qui se jouent le week-end. Les fans d’Everton, habituellement assez présent, se font discrets. Je n’en ai vu qu’un seul. C’est sûr que voir du rouge partout ne devait pas les enchanter. Quant aux fans romains, ils sont eux aussi discrets. Il semble nombreux dans la ville, mais se baladent en petits groupes. Peu à peu, l’atmosphère évolue. On entend une poignée de fans des Reds chanter dans quelques coins de rues. Les bars et restaurants se remplissent de maillots Reds. Mais rien de plus, il est sans doute un peu tôt encore. Je décide donc de me diriger vers le stade. Il est 16h30.

Je ne suis jamais arrivé aussi tôt avant un match à  Anfield. L’atmosphère monte tout doucement. Je me pose dans un pub où il y a déjà pas mal de monde. En faisant le tour du stade, je passe devant le Mémorial d’Anfield. Le triste anniversaire de la tragédie d’Hillsborough a eu lieu il y a quelques jours, et cela se voit. Il y a beaucoup plus de fleurs de déposées que d’habitude. Les commémorations outre-manche m’impressionneront toujours. En passant devant l’entrée des joueurs, je suis surpris car il n’y a personne et aucune barrière. Je comprends pourquoi en continuant mon tour du stade quand j’entends enfin des chants ! J’aperçois même des fumigènes. Les fans des Reds se sont réunis pour attendre le bus des joueurs. Il semblerait que pour cette fois-ci le bus arrive du côté de la Kenny Dalglish Stand, peut-être à cause des incidents lors du tour précédent contre City ? Quoi qu’il en soit, il est 17h15 heure locale, soit 2h30 avant le coup d’envoi. Les fans des Reds sont nombreux, je pense que certains sont là depuis plus d’une heure, et ce malgré la pluie continue depuis mon arrivée au Royaume-Uni. Les chants résonnent en continue, toujours accompagnés de fumigènes. Le nouveau chant des fans « Allez Allez Allez » est repris à plusieurs reprises. Souvent alterné avec celui à la gloire de Mo Salah. (voir ces chants dans les vidéos plus bas)

La police est présente massivement, bien plus que d’habitude. Des barrières ouvrent le chemin pour les bus. Tout le monde essaye de trouver un peu de hauteur pour voir le bus arriver. Certains montent sur les toits, d’autres dans les arbres. Des fans montent même sur deux camions de police qui sont en stationnement. Ils s’offrent le luxe de craquer des   fumigènes mais se font déloger après 10 bonnes minutes. La pression monte.

 

A 18h30, le bus des Reds arrive enfin. Des fumigènes craquent de partout, les fans chantent tous en cœur. C’est incroyable. L’ambiance est déjà magique. Plusieurs heures d’attente sous la pluie pour moins d’une minute de passage du bus. Ça paraît fou, mais ça valait le coup. Le bus romain arrive dans la foulée sous les huées même si ça s’est mieux passé que celui de City. Les fans sont prêts à mettre une ambiance de folie, les joueurs sont prévenus. This is Anfield.

Le passage des bus étant terminé, je pars rejoindre les autres membres de la French Branch Liverpool FC. Je passe devant la section réservée aux fans romains où l’on peut voir de nouveau un message d’accueil « Benvenuti As Roma Fans ». Pour ce match historique, j’ai la chance d’être dans le KOP. Ça promet.

A 45min du coup d’envoi, je prends place dans le KOP. On sent déjà que l’ambiance est particulière. La section réservée aux fans de Rome est déjà quasiment pleine. Je trouve aussi le stade déjà bien rempli par rapport à d’habitude. On entend même quelques chants côté LFC.

L’atmosphère d’avant-match était donc remarquable, mais je m’attendais à mieux côté romain. Je n’ai pas vu grand-chose de leur part. Même pas un cortège. Petite déception. J’ai appris plus tard qu’ils se sont fait voir lorsqu’une quinzaine d’entre eux ont attaqué des fans Reds devant le KOP, à 15min du coup d’envoi. Étant dans le stade, je n’ai rien vu de tout ça.

Le protocole Ligue des Champions l’obligeant, juste avant l’entrée des joueurs, Anfield se met à chanter le mythique « You’ll Never Walk Alone ». J’en ai des frissons. C’est incroyable. Sans aucun doute le plus beau que j’ai vu jusqu’à présent. Tout le stade brandit son écharpe. On voit les flashs des vidéos depuis la tribune romaine. Le YNWA dure longtemps, plus longtemps que d’habitude, mais est toujours aussi intense. Les joueurs rentrent sur le terrain, l’ambiance est toujours aussi indescriptible depuis le KOP. A tel point que je n’ai même pas entendu la musique de la Ligue des Champions. Petite déception mais je suis tellement impressionné par  cette atmosphère des grands soirs.

 

Match

L’ambiance est toujours aussi magique. Étant en face des fans romains, il m’est difficile de les entendre. Beaucoup de gestuelle de leur côté au début du match. Ils semblent en forme, tout comme leur équipe qui domine en ce début de rencontre. Ils sont tout prêts de cueillir à froid Anfield sur une frappe de Kolarov qui trouve la barre transversale. Peu à peu, Liverpool reprend la main mise sur le match. Anfield pousse de plus en plus son équipe. Les occasions s’enchainent. Les Reds trouvent enfin la faille par deux fois, grâce à « The Egyptian King ». 2-0 à la mi-temps, les fans osent à peine y croire.

Mo Salah The Egyptian King Liverpool v Roma 24/04/18

Au retour des vestiaires, c’est un festival. 5-0 en 70 minutes. Anfield n’en croit pas ses yeux. L’ambiance est indescriptible, tout le stade agite son écharpe et chante « Allez Allez Allez ». Les fans se voient déjà à Kiev mais les deux buts romains en fin de match les ramènent sur terre. Les fans romains, éteints depuis l’ouverture du score de Salah, se réveillent après le but de Dzeko. Anfield semble partagé. Bien que la performance réalisée par son équipe soit magnifique, le doute s’est installé. L’ambiance peine à exploser en fin de rencontre. C’est dommage tant elle fût incroyable tout au long du match. Le match se termine. Victoire 5-2 des Reds. Tout est encore possible. Malgré la victoire, les fans des Reds paraissent inquiets pour le retour. Tandis que les fans romains chantent comme s’ils avaient gagnés la rencontre.

A la fin du match, quasiment aucun tour d’honneur. Les joueurs saluent rapidement les supporters. Ils semblent pressés de rentrer. Pourtant, pour une fois très peu de fans ont quitté Anfield avant la fin du match. Comme pour faire perdurer cette soirée historique.

 

Après-match

Le match une fois terminé, je quitte le stade avec les autres membres de la FB. L’un d’entre eux me dit que City était encore mieux. Surprenant, tellement l’ambiance était folle aujourd’hui.

Cependant de nombreux fans chantent en quittant le stade. Finalement, on dirait que la joie de cette victoire prend le dessus sur la déception de la fin de rencontre. On décide d’aller fêter ça dans un pub proche du stade, où l’ambiance est digne des plus belles soirées. Plus d’une heure après la fin du match, nous prenons le bus pour nous diriger vers le centre-ville. Là encore, ça chante à la gloire des Reds. Le chauffeur demande aux passagers de se calmer, en vain. C’était là aussi incroyable. Même lors de matchs précédents avec une belle victoire des Reds contre l’un des gros de Premier League, je n’ai pas vu ça. Encore plus incroyable une fois arrivé en ville, on entend chanter de partout. La place du Concert Square, l’une des places les plus animées de la ville, est bondée. Impressionnant pour un mardi soir. Tout le monde chante à la gloire de Liverpool. On aperçoit même des drapeaux accrochés. Je n’ai jamais vu ça à Liverpool. A noter que je n’ai vu aucun romain en ville à l’après-match. C’est sans importance, la soirée est partie pour continuer jusqu’au bout de la nuit.

Il est temps pour moi de rentrer après cette soirée dont je me souviendrai pendant encore longtemps, comme tous les amoureux des Reds sans aucun doute.

Le lendemain, je croise des fans de Rome dans le train pour Manchester. Les deux buts marqués leurs donnent de l’espoir. Ils ont réalisé l’exploit une fois, pourquoi ne pas recommencer ? Quoi qu’il en soit, ça promet un beau match retour. Vivement mercredi.

OL – Zenit St Petersbourg

Invité par une célèbre boisson gazeuse partenaire de la Ligue des Champions, me voilà à Gerland, dans le « Club Champion », à déguster petits fours et vins du lyonnais, pour apprécier ce que la gazette du coin a nommé « Le match de la dernière chance ». Pour mieux vous conter ma soirée, j’ai décidé de me transformer (tant bien que mal) en supporter de l’OL.

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Monaco – Zenit dans le virage monégasque

Pour toi, lecteur, on est prêts à beaucoup de choses. Comme celle de passer 90 minutes sous pression en virage monégasque pour le match décisif entre l’AS Monaco et le Zénit Saint-Petersbourg. Au programme, chants (ben quand même), stress et délivrance.

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19h30. Aux abords du stade, les supporters parés de drapeau bleu et blanc sont de plus en plus nombreux. Tatouages sur les mollets. Short, t-shirt, normal. C’est l’été indien pour eux sur la Côte d’Azur, même à 5°C. Sur le parvis, beaucoup plus de monde que d’habitude. Ça parle, tranquille. Si un individu lambda était amené à passer devant le Louis-II, pourrait-il deviner qu’il se joue là le plus gros match européen de l’AS Monaco depuis dix ans ? Pas sûr. Toujours est-il que le Rouge et le Blanc se remarque plus facilement que lors des matches de Ligain le week-end. Cette rencontre décisive parvient d’ailleurs à rameuter des « supporters » qui ne viennent pratiquement jamais au stade, parce que « tu vois, il fait froid et y’a pas forcément d’ambiance ». En bons samaritains, les « vrais fans » les acceptent à bras ouverts. Encore heureux.

20h. La foule massée devant l’enceinte asémiste commence tout doucement à se diriger vers les tourniquets. La tension monte d’un cran. Direction pour nous, le virage monégasque. Ou plutôt le pesage, pour les non-connaisseurs. Au menu, double ration de fouille et de contrôle. Les plus habitués planquent leur briquet et tout ce qui va avec dans la chaussure, les novices se font avoir. Arrivés en pesage, les Monégasques découvrent le parcage d’en face, quasi-plein aux couleurs du Zenit. Belle surprise. Car oui, plus il y a de visiteurs, plus on aime ça. Le paradoxe. Pour les réceptions du Benfica et du Bayer, le fan rouge-et-blanc avait d’ailleurs été quelque peu déçu de voir encore de nombreux sièges jaunes depuis son virage. Arrivée dans les travées. L’objectif est de trouver des places debout, positionnées le plus près possible des Ultras 1994. Parce qu’en pesage, tout le monde ne chante pas une écharpe dans une main, le drapeau dans l’autre. Un tiers de la tribune a la motivation de rester debout une heure et demi durant. Les remontrances du capo vers l’autre partie des pesages deviennent ainsi une habitude. Un capo qui se la joue en mode François Feldman époque Téléthon : « Tout le monde debout… là-bas ».

20h30. Presque tout le monde est entré dans le stade. Malgré des places à 10€ à côté du parcage russe, le virage opposé est quasi-vide. Hormis cela, le supporter de l’ASM est ravi de voir autant de monde. Entre excitation et fébrilité, tout le monde attend la musique magique de la Champion’s League et le début du match. Les plus fidèles ont réussi à se placer devant le capo. Les autres s’installent confortablement sur leur siège, en mode spectateurs du Parc des Princes.  La musique retentit enfin. Certains ont des étoiles dans les yeux, d’autres ne cachent pas leur joie en chantant plus fort que de raison cette chanson. Voix de sopranos pour eux. Les mecs des Ultras déplient un Kop à l’effigie de « Malizia ». Mais qui est cet homme ? Pour faire très bref, un mec malin (Malizia) qui a ravi la forteresse du fameux Rocher de Monaco (qui n’est qu’un quartier parmi d’autres) aux Gênois en se déguisant en moine. Fort.

L’arbitre siffle le début de la rencontre. En tribune, le capo a tout de même moins de difficultés que d’habitude à motiver ses troupes. Coupe d’Europe oblige. Les chants s’enchaînent, mais la possession quasi-incessante du Zenit empêche le fan monégasque de se libérer totalement. Faut dire que Monaco n’a que très rarement la balle et il faut compter sur la débauche d’énergie des défensifs rouge-et-blanc pour que le score reste à 0-0. 15e minute, vient le « On vous lâchera jamais, et toujours on chantera les Rouge-et-Blanc allez ». Un supporter au maillot de Chevanton sur le dos, se confie : « C’est mon chant préféré. C’est symbolique, le « on vous lâchera jamais ». On les a jamais lâchés, même quand on était en Ligue 2 avant l’arrivée de ‘Rybo ‘ et notre position de relégable ». Sur le pré, Monaco lâche la balle beaucoup trop vite. Réel plan de jeu de contre ou incapacité à mettre en place une action construite ? Le capo n’en a cure et demande à ses supporters de s’asseoir et de chanter avant de se remettre debout en enchaînant par un pogo pour les plus chauds. Un habitué raconte : « La dernière fois qu’on a fait ça, on était à Lisbonne pour Benfica-Monaco et on s’est pris le but pendant qu’on était assis. Résultat, ça nous a coupés les jambes et on est restés cloués au siège pendant deux-trois minutes ». Ouf, ça s’est déroulé sans encombre pour cette fois. 40e minute, corner et tête d’un joueur du Zenit, arrêt de Subasic. Assez pour que le capo lance un chant à la gloire du portier croate, très vite repris par toute la tribune.

Mi-temps. Ceux qui ont pu garder leur briquet s’en fument une et passent leur feu au reste de la tribune. Ça débriefe déjà sur la première période, ça parie sur la deuxième, et ça regarde les résultats de la journée de Champions League sur l’écran géant du stade. Les « ouuuuuh » se font entendre à la vue du but magistral de Ramsey. À peine le temps de voir tous les buts que le match reprend. Pas de changements au niveau des hommes, plutôt au niveau du jeu. Monaco parvient davantage à garder la balle et est beaucoup moins sous pression. Comme si l’ASM avait su faire le dos rond pendant une tempête de 45 minutes. Plus le temps passe, plus les émotions sont décuplées. Suspense de pouvoir tenir le résultat, excitation de se rapprocher du coup de sifflet final libérateur, tout se mélange dans les yeux des supporters en rouge-et-blanc. Jusqu’à l’heure de jeu. Ferreira-Carrasco, qui s’est pris des coups tout au long du match, adresse un coup-franc parfait sur la tête (ou l’épaule, mais qu’importe ?) d’Abdennour. Le Tunisien n’hésite pas à traverser la piste d’athlétisme pour fêter le but avec le pesage avant de tenter une célébration à la CR7 « Je suis chez moi, ici ». Le roc central, sérieusement critiqué par une partie (et seulement une partie) des supporters, répond de la meilleure des façons. Le tout, sans amertume ni revanche. Juste la joie et le partage.

Le fan monégasque est alors plus libéré. Le capo lance toujours ses chants, plus facilement repris par un plus grand nombre. Certains ont même décidé de quitter leur siège pour se mettre debout. En bons monégasques, le « Qui ne saute pas est un Niçois » est bien respecté. Le capo joue alors sur les cordes sensibles pour faire encore monter l’ambiance d’un cran : « l’an dernier, l’OM était à 0 point. Là, on est premiers de la poule, les gars !». Argument qui fait mouche. Des tribunes, les chants partent encore plus forts. Lien de corrélation ou pas, les joueurs sur le terrain donnent tout ce qu’ils ont. Raggi enchaîne les montées rageuses et redescend à son poste aussi vite, tête dans le guidon. Toulalan tente des débordements. Moutinho et Carrasco font tourner les défenseurs en bourrique. Bakayoko assure au milieu. Le supporter est comblé. Et il le sera encore plus au moment du deuxième but monégasque signé Fabinho. Une finition pleine de sang-froid digne d’un Berbatov qui fait chavirer le pesage. 88e minute, le Zénit doit marquer trois buts… Le compte est vite fait, et le chant à la mode est vite lancé : « On est en huitièmes ! ». Au final, le supporter monégasque aura passé la soirée parfaite : victoire à domicile, qualification en huitièmes et première place de la poule. « La bière après le match va être encore meilleure » lance un supporter trentenaire. De la pression dans les tribunes à la pression au bar, on a vécu 90 minutes dans le virage monégasque.